Récit· 18 octobre 2026· 8 min de lecture

Le coût caché du quotidien belge, vu depuis l'Asie

Un train pour Paris à 200 €, les toilettes payantes, l'eau facturée au restaurant. Ce qui m'a le plus marquée en rentrant à Bruxelles après deux mois à Séoul et au Japon.

Par Litchie

Rentrer à Bruxelles après deux mois à Séoul et trois semaines au Japon m'a fait remarquer des choses auxquelles je ne pensais plus.

Je payais un ticket de train pour aller à Paris. Je regardais l'addition dans un restaurant belge et je voyais une bouteille d'eau facturée. Je cherchais des toilettes gratuites dans une gare et je finissais par sortir un euro.

Chacun de ces gestes est petit. Aucun ne va me ruiner. Mais additionnés, ils dessinent une manière très concrète de vivre dans une ville.

Ce ne sont pas nécessairement des critiques de la Belgique. Ce sont plutôt des choses que je n'aurais pas remarquées si je n'avais pas passé deux mois à faire les mêmes gestes ailleurs.

La version courte

  • Un Bruxelles-Paris peut coûter 200 € en train. Un KTX Séoul-Busan (400 km) tourne autour de 40 €. Un Shinkansen Tokyo-Osaka (500 km) coûte environ 110 €.
  • Les toilettes publiques sont payantes en Belgique. Elles sont gratuites, propres et partout au Japon et en Corée.
  • L'eau au restaurant est facturée en Belgique. Elle arrive gratuitement, automatiquement, à peine assise en Corée et au Japon.
  • Les chantiers durent des années à Bruxelles. À Séoul, un trottoir peut être ouvert le matin et refermé le soir.

Aucune de ces différences ne fait de la Belgique un mauvais pays. Elles rappellent simplement que le rapport au service public n'est pas partout le même.

1. Le train

Un aller-retour Bruxelles-Paris me coûte régulièrement autour de 200 €, parfois plus, si je ne le réserve pas des semaines à l'avance. Le trajet dure environ 1 h 20.

En Corée, un KTX Séoul-Busan coûte à peu près 40 € pour 400 kilomètres. Au Japon, un Shinkansen Tokyo-Osaka tourne autour de 110 € pour 500 kilomètres, sans besoin d'anticiper des mois.

Ce ne sont pas les mêmes réseaux, les mêmes densités ou les mêmes politiques tarifaires. Mais lorsqu'on utilise ces trains au quotidien, la différence de perception est immédiate. Prendre le train en Asie ne se pense pas comme un budget exceptionnel. En Belgique, l'idée d'aller passer un week-end à Paris en train coûte souvent plus cher qu'un vol vers une autre capitale européenne.

Cela change la manière dont on se déplace. Un vrai train rapide et abordable n'est pas juste un moyen de transport. C'est un moyen de rendre les villes accessibles les unes aux autres.

2. Les toilettes

En Belgique, il est presque normal de payer pour aller aux toilettes.

À la gare, dans un centre commercial, sur une aire d'autoroute, on croise une petite soucoupe, une machine à jetons ou une personne assise à l'entrée. Le tarif tourne souvent entre 50 centimes et 1 euro.

Au Japon et en Corée, je n'ai jamais payé pour des toilettes publiques.

Elles se trouvent dans les gares, dans les stations de métro, dans les parcs, dans les konbini si vous êtes cliente et souvent même si vous ne l'êtes pas. Elles sont, dans l'énorme majorité des cas, propres, entretenues et disponibles à toute heure.

Ce n'est pas une petite différence. C'est un signal permanent envoyé à qui traverse la ville : les toilettes sont un service de base, pas un service premium.

En Belgique, je finis parfois par rentrer chez moi plus tôt que prévu, simplement parce qu'aucune option publique satisfaisante n'existe à moins de 20 minutes.

3. L'eau au restaurant

En Corée surtout, mais aussi au Japon, l'eau apparaît sur la table dès qu'on s'installe.

Personne ne vous demande si vous en voulez. Personne ne vous facture une carafe. Souvent, une bouteille ou un distributeur libre-service est posé au bord de la table. Vous vous servez, vous vous resservez, personne ne compte.

En Belgique, l'eau au restaurant est un article payant.

Ce que je paie couvre le service, la carafe, la vaisselle, la structure. Je comprends la logique commerciale. Mais quand vous prenez l'habitude de recevoir de l'eau gratuitement à peine assise, la facturation systématique de la carafe à Bruxelles devient particulièrement visible.

Ce n'est pas un problème d'argent. C'est un rapport au service. Est-ce qu'on considère que l'eau fait partie du fait de recevoir quelqu'un ? Ou est-ce qu'on la met sur la note ?

Les deux réponses sont défendables. Elles racontent simplement deux cultures du restaurant différentes.

4. La vitesse des réparations

Ce point mériterait un article à lui tout seul et je l'ai déjà écrit : pourquoi la Belgique semble toujours en travaux, alors qu'à Séoul et Tokyo tout peut changer en une nuit.

En résumé : à Séoul, un trottoir peut être ouvert le matin et refermé le soir. À Bruxelles, un chantier peut rester visible pendant des années. Cela ne veut pas dire que les grands projets sont plus rapides en Asie. C'est la phase la plus gênante pour les habitants qui est concentrée dans une fenêtre beaucoup plus courte.

Là encore, ce n'est pas gratuit ou payant au sens strict. Mais un chantier qui bloque un axe pendant deux ans a un coût très concret : temps perdu, essence, correspondances manquées, rendez-vous rallongés.

Ce que la Belgique fait quand même bien

Il serait facile de conclure ce texte en disant que tout est mieux en Asie.

Ce n'est pas ce que je pense.

La Belgique m'offre des choses que la Corée et le Japon ne me donnent pas. Un système de santé accessible que je n'ai pas à financer intégralement au moment où j'en ai besoin. Une sécurité sociale qui absorbe les accidents de la vie plutôt que de les laisser à ma charge. Des congés légaux qui ne dépendent pas de la générosité de mon employeur. Des salaires moyens, à niveau de qualification équivalent, souvent plus élevés qu'à Séoul, avec une pression au travail moins intense.

Ce sont des choses que je ne vois pas quand je paie 200 € un train pour Paris. Mais elles existent, et elles pèsent lourd dans une vie.

Peut-être que ces différences racontent surtout deux manières d'organiser le service public. En Corée et au Japon, le service public visible, celui qu'on croise dans la rue, est particulièrement soigné. En Belgique, une grande partie de l'effort collectif passe dans des services moins visibles mais très concrets quand on tombe malade ou qu'on perd son travail.

Les deux ont un coût, réparti différemment.

Ce qui m'a le plus marquée en rentrant à Bruxelles, ce n'est pas de payer certaines choses. C'est de me rendre compte à quel point je m'étais habituée, en Asie, à ne plus avoir à calculer chaque petit geste.

FAQ

Combien coûte vraiment un Bruxelles-Paris en train ?

Cela dépend énormément du délai de réservation. En dernière minute, un aller-retour Thalys tourne souvent autour de 200 €. Réservé plusieurs semaines à l'avance, on peut trouver des trajets à 60 ou 70 €. Le prix moyen que je paye, quand j'y vais pour le travail, se situe autour de 130 à 200 €.

Est-ce que les toilettes publiques asiatiques sont vraiment toujours gratuites ?

Dans mon expérience à Séoul et à Tokyo, oui. Je n'ai jamais payé pour utiliser des toilettes publiques en Corée ni au Japon. Certaines exceptions peuvent exister (gares privées, certains sites touristiques payants), mais elles sont marginales par rapport à la disponibilité gratuite dans les gares, les métros et les commerces.

Pourquoi l'eau au restaurant est-elle facturée en Belgique ?

Historiquement, le restaurant belge inclut l'eau dans son modèle payant : la carafe est un produit vendu, avec un coût qui couvre la vaisselle, le service et une partie de la marge. Certaines chaînes ou restaurants ont commencé à offrir l'eau gratuitement pour se distinguer, mais la norme reste la facturation. En Corée et au Japon, l'eau est traitée comme un basique du repas, au même titre que les couverts.

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