Récit· 20 septembre 2026· 9 min de lecture

Ce que je n'aime pas en Corée du Sud, même si j'adore y retourner

Aimer un pays ne veut pas dire devoir le défendre sur chaque sujet. Voici les difficultés du quotidien que je remarque de plus en plus en Corée - sans que ça change mon envie d'y revenir.

Par Litchie

J'ai beaucoup écrit sur les choses que la Corée du Sud fait mieux que la Belgique.

Les transports, les cafés, la sécurité, les restaurants, les services ouverts tard, les konbini et cette capacité qu'a Séoul à continuer de vivre quand ma journée de travail se termine à une heure improbable.

Tout cela est vrai.

Mais aimer un pays ne signifie pas devoir le défendre sur chaque sujet.

La Corée du Sud n'est pas un paradis moderne où tout fonctionne mieux qu'en Europe. Certaines parties de la vie quotidienne y sont inutilement compliquées. Certaines normes sociales me mettent mal à l'aise. Et certaines réalités deviennent plus visibles au fur et à mesure qu'on s'éloigne du simple voyage touristique.

Voici donc ce que je n'aime pas en Corée du Sud, même si j'ai toujours envie d'y retourner.

La version courte

Ce qui me dérange le plus en Corée du Sud :

  • une grande partie des services numériques reste fermée aux étrangers ;
  • la société valorise énormément le travail, la réussite et l'apparence ;
  • Séoul peut être intense, compétitive et épuisante ;
  • la vie quotidienne devient beaucoup moins fluide sans numéro, carte bancaire ou identité coréenne ;
  • certains repas restent pensés d'abord pour un groupe ;
  • mon expérience de freelance étrangère reste plus confortable que celle de nombreuses personnes qui vivent réellement dans le système.

Aucune de ces limites n'efface ce que j'aime dans le pays. Elles m'empêchent simplement de le transformer en fantasme.

Un pays extrêmement numérique, sauf lorsqu'on est étranger

La Corée du Sud donne l'impression d'avoir plusieurs années d'avance sur l'Europe dans beaucoup de domaines.

Les livraisons sont rapides. Les applications regroupent une quantité impressionnante de services. Les paiements sont intégrés. Tout semble pouvoir être réservé, commandé ou organisé depuis un téléphone.

Mais cette efficacité repose largement sur le fait de posséder une identité numérique coréenne.

Sans numéro de téléphone local correctement enregistré, sans carte bancaire coréenne ou sans statut de résident, de nombreuses portes restent fermées.

Une application existe, mais l'inscription échoue. Un restaurant accepte les réservations, mais uniquement avec un numéro coréen. Un service de livraison est disponible dans tout Séoul, mais le paiement avec une carte étrangère ne fonctionne pas.

Le plus frustrant est le contraste. Dans un pays moins numérique, on accepterait que certaines démarches soient manuelles. En Corée, on voit la solution parfaite juste devant soi, mais on ne peut pas toujours l'utiliser.

Pour un court séjour, on trouve des alternatives.

Pour une installation plus longue, cette dépendance aux systèmes locaux devient beaucoup plus lourde.

La T-money résume bien le paradoxe

Séoul possède l'un des meilleurs réseaux de transport que j'ai utilisés.

Le métro est fréquent, vaste, propre et relativement simple à comprendre. Les annonces sont disponibles en plusieurs langues. On peut traverser une région immense pour un prix raisonnable.

Et pourtant, recharger une carte T-money peut encore demander du liquide.

C'est le genre de détail qui résume parfaitement mon expérience de la technologie coréenne. Le pays peut proposer un service extrêmement avancé, puis maintenir juste à côté une friction qui semble venir d'une autre décennie.

Ce n'est pas un problème grave.

Mais lorsqu'on utilise tous les jours un système, les petites incohérences deviennent rapidement irritantes.

La pression sur l'apparence est difficile à ignorer

Séoul accorde énormément d'importance à l'image.

Les soins de la peau, les vêtements, les coiffures et la présentation font partie de ce que j'aime observer dans la ville. Les gens semblent souvent très soignés. Les magasins sont beaux. Les produits sont innovants et accessibles.

Mais derrière cette attention se trouve aussi une pression plus difficile à apprécier.

L'apparence n'est pas uniquement une forme d'expression personnelle. Elle peut devenir une condition pour être prise au sérieux, réussir un entretien ou simplement se sentir acceptée.

Les standards sont précis. Le poids, la peau, les traits du visage, les vêtements et l'âge sont commentés plus directement qu'en Belgique.

En tant qu'étrangère, je reste partiellement en dehors de ces normes. On ne s'attend pas à ce que je les respecte exactement de la même manière, et cela rend mon expérience plus facile.

Mais je ne peux pas admirer toute l'industrie de la beauté coréenne sans voir aussi l'insécurité sur laquelle une partie de cette industrie repose.

Le travail est partout, même quand personne n'en parle

J'aime le fait que Séoul fonctionne pour les personnes qui terminent tard. Les restaurants, les cafés et les commerces restent ouverts. La ville accompagne les horaires irréguliers au lieu de les punir.

Mais il faut aussi se demander pourquoi autant de personnes ont besoin de ces services à des heures aussi tardives.

Derrière les cafés ouverts toute la nuit, il y a des étudiants qui révisent pendant des heures.

Derrière les restaurants remplis après 22 h, il y a des employés qui viennent de quitter leur bureau.

Derrière l'énergie de Séoul, il y a une culture de la performance que je ne voudrais pas forcément subir en tant que salariée.

Je peux apprécier cette ville parce que j'y apporte mon propre travail, mes propres clients et une autonomie professionnelle construite en Belgique.

Mon rapport à Séoul serait sans doute différent si mon salaire, mon évolution professionnelle et mon statut social dépendaient directement d'une entreprise coréenne.

L'éducation me fascine autant qu'elle m'inquiète

La discipline scolaire coréenne produit des résultats impressionnants.

Les étudiants travaillent énormément. Les écoles de langue sont structurées. On trouve partout des lieux pour étudier. Apprendre et progresser occupent une place visible dans la société.

Mais cette valorisation de l'éducation peut devenir excessive.

Les longues journées, les cours supplémentaires et la compétition commencent très tôt. La réussite scolaire semble parfois déterminer beaucoup trop rapidement la valeur et l'avenir d'une personne.

J'aime vivre dans une ville où il est normal d'aller étudier dans un café à minuit.

Je suis beaucoup moins certaine d'aimer une société dans laquelle un adolescent peut avoir l'impression qu'il doit le faire pour ne pas prendre de retard.

La discipline est admirable lorsqu'elle est choisie. Elle l'est beaucoup moins lorsqu'elle devient la seule manière acceptable d'exister.

Séoul peut devenir épuisante

Séoul me donne de l'énergie, mais elle peut aussi en prendre énormément.

Les distances sont grandes. Les stations de métro comportent parfois des correspondances interminables. Les quartiers sont denses. Les écrans, les publicités, la musique et les lumières sont partout.

Après plusieurs jours, on peut ressentir une fatigue que l'enthousiasme du début masque facilement.

La vitesse fait partie de l'identité de la ville. Tout doit être rapide, disponible et efficace. C'est agréable quand on commande un repas ou qu'on attend un métro. Ça l'est moins quand on réalise que les mêmes attentes s'appliquent aussi aux personnes.

Il faut répondre vite, travailler vite, apprendre vite et progresser vite.

Je me reconnais dans une partie de cette énergie, parce que je suis moi-même très concentrée sur mon travail et mes projets. Mais je sais aussi que cette intensité n'est pas tenable en permanence.

Manger seule n'est pas toujours aussi simple

Je me sens très libre seule à Séoul dans l'espace public.

Pourtant, la culture coréenne reste profondément collective, notamment autour des repas.

Beaucoup de plats sont pensés pour être partagés. Certains plats ne peuvent être commandés que pour deux personnes minimum. Certains restaurants sont plus simples à apprécier en groupe.

Les choses évoluent, et Séoul compte énormément d'adresses où manger seule. Mais il reste des moments où voyager seule signifie devoir renoncer à un plat ou commander beaucoup trop de nourriture.

C'est un petit désavantage par rapport au Japon, où les restaurants individuels, les comptoirs et les portions pour une personne sont souvent intégrés naturellement à l'expérience.

En Corée, on peut vivre seule très facilement. Mais certains des meilleurs moments à table restent conçus pour être partagés.

La barrière de la langue devient rapidement réelle

Dans les quartiers touristiques, on peut voyager en Corée avec très peu de coréen. Les transports sont traduits, les applications aident, les gestes suffisent souvent et beaucoup de jeunes comprennent au moins une partie de l'anglais.

Mais dès qu'on cherche quelque chose de plus précis, la langue devient importante.

Prendre un rendez-vous, expliquer un problème, comprendre les conditions d'un service ou sortir des quartiers centraux demande davantage d'efforts.

Apprendre à lire le hangul aide énormément, mais savoir déchiffrer un mot n'est pas la même chose que pouvoir tenir une conversation.

Cette difficulté fait partie de ce qui me motive à apprendre le coréen.

Mais je ne veux pas non plus prétendre qu'une installation est simple uniquement parce qu'un voyage de deux semaines s'est bien passé en anglais.

Je profite d'une version privilégiée de la Corée

C'est sans doute la nuance la plus importante.

Je ne vis pas la Corée du Sud comme une Coréenne. Je ne dépends pas de son marché du travail, je n'ai pas grandi dans son système scolaire, ma famille ne juge pas ma réussite selon les normes locales et je garde une entreprise, des clients et une sécurité administrative en Belgique.

Je peux entrer dans le pays, profiter de ce qui fonctionne bien, puis repartir quand les contraintes deviennent trop lourdes.

Cela ne rend pas mon expérience fausse. Mais cela la rend partielle.

Je peux dire que Séoul me correspond sans prétendre que la vie y est facile pour tout le monde. Je peux admirer la sécurité dans les rues tout en critiquant la pression sociale, apprécier les services ouverts tard tout en regrettant la culture professionnelle qui les rend nécessaires, aimer la beauté de la ville tout en refusant d'idéaliser les standards d'apparence qui l'accompagnent.

Pourquoi j'ai quand même toujours envie d'y retourner

Malgré tout cela, Séoul reste une ville dans laquelle je me sens bien.

J'aime son énergie, sa cuisine, ses cafés, sa langue et sa manière de rendre les journées imprévisibles possibles. J'aime pouvoir travailler tard, sortir seule et trouver encore de la vie autour de moi.

Je n'aime pas Séoul parce qu'elle est parfaite. Je l'aime peut-être justement parce que je commence à en voir les contradictions.

Les voyages les moins intéressants sont ceux où tout confirme l'image qu'on avait avant de partir. La Corée du Sud fait l'inverse.

Plus je la connais, plus certaines choses m'impressionnent. Plus je la connais, plus certaines choses me dérangent.

Et malgré cela, ou peut-être grâce à cela, j'ai toujours envie d'y retourner pour essayer de la comprendre un peu mieux.

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